Le replay du Colloque National des Proches Aidants
Le 24 septembre 2026, le Colloque National des Proches Aidants posait ses valises à Lyon pour sa 4ᵉ édition. Au cœur des échanges : l’avenir de la filière professionnelle de l’aide aux aidants. Comment structurer ce secteur, reconnaître les professionnels qui accompagnent les aidants au quotidien et construire un modèle économique durable face à des besoins grandissants ? Autant de questions qui ont nourri les débats de cette journée, dont nous vous proposons de retrouver les temps forts à travers quatre épisodes de podcast. Cet événement est organisé par Assur-aidant, le collectif Le Pouvoir d’Agir de l’Aidant et Aidant Attitude, avec le soutien de nos partenaires : Malakoff Humanis, APICIL, Miltis, Intégrance, CFDP Assurances et Protection Juridique Indépendante.
Replay partie 1
Reconnaître les difficultés des professionnels de l’aidance. Parce qu’aider les autres ne devrait pas signifier avoir du mal à vivre de son métier.
Dans cette première partie, nous posons le décor et les grands enjeux de cette édition 2026.
Après le message introductif de la ministre chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Théo Maurice, parrain de cette 4ᵉ édition et aidant de sa maman, partage son histoire. Un témoignage personnel et puissant sur ce que signifie devenir aidant, apprendre sans mode d’emploi, concilier vie professionnelle et accompagnement d’un proche, mais aussi continuer à vivre de belles années malgré la maladie.
Anne Juvanteny, cofondatrice du collectif Le Pouvoir d’Agir de l’Aidant, dresse ensuite un état des lieux des besoins des aidants et de celles et ceux qui tentent aujourd’hui d’y répondre professionnellement.
Charge mentale, conciliation avec la vie professionnelle, démarches administratives, besoins financiers, émergence de nouveaux métiers, formation, reconnaissance, difficultés à se faire connaître ou à trouver un modèle économique viable… Cette introduction met en lumière un paradoxe : les besoins sont immenses, les solutions existent et se multiplient, mais la filière reste encore fragile et cherche son modèle.
Cette première partie pose le cadre pour comprendre les questions qui traverseront ensuite les trois tables rondes du colloque.
Replay partie 2
Comment accompagner les aidants avec qualité… tout en réussissant à faire vivre économiquement son activité ?
Autour de la table, plusieurs professionnelles de l’aide aux aidants partagent leurs expériences, leurs modèles et leurs difficultés : association, application digitale, activité libérale, accompagnement individuel ou en entreprise… Des approches différentes, mais une même réalité : répondre à des besoins immenses tout en construisant un modèle économique viable reste un exercice particulièrement complexe.
Avec Emmanuelle Cario, Claire Fourmentin, Émilie Record et Alexandra Holvoote, cette table ronde aborde très concrètement les questions de financement, de gratuité des services, de recherche de fonds, de commercialisation, de coopération entre acteurs publics et privés ou encore de reconnaissance des métiers émergents de l’aidance.
Les échanges avec le public viennent également nourrir le débat : faut-il parler d’un « marché » de l’aide aux aidants ? Qui doit financer ces accompagnements ? Comment faire connaître les solutions existantes à des personnes qui, souvent, ne se reconnaissent même pas comme aidantes ? Et surtout, comment transformer des besoins bien réels en une véritable demande d’accompagnement ?
Une discussion riche qui met en lumière un paradoxe : les besoins existent, les professionnels aussi, mais le chemin entre les deux reste encore à construire.
Car derrière la question économique se joue aussi l’avenir de toute une filière : celle de professionnels capables de soutenir les aidants dans la durée, sans renoncer ni à la qualité de l’accompagnement ni à la pérennité de leur activité.
Replay partie 3
Être aidant fait-il de nous un professionnel de l’aidance ? Et comment transformer l’expérience vécue en véritables compétences reconnues ?
Dans cette troisième partie du Colloque National des Proches Aidants 2026, les échanges se concentrent sur un enjeu central pour l’avenir de la filière : la professionnalisation et la formation des acteurs de l’aide aux aidants.
Car l’expérience d’aidant produit des savoirs, des réflexes et des compétences bien réels : capacité d’adaptation, organisation, gestion de situations complexes, coopération avec les professionnels de santé, écoute ou encore connaissance fine des parcours. Mais comment les identifier, les valoriser et surtout les transmettre sans considérer que sa propre expérience est universelle ?
Autour de cette table ronde, Thierry Calvat, Mélanie Dautrey, Hélène de Chantérac, Servane Hugues et Stéphane Sangoï croisent leurs regards sur les savoirs expérientiels, la pair-aidance, la formation des professionnels et la reconnaissance des compétences développées au fil d’un parcours d’aidant.
Les échanges abordent notamment la création du diplôme Universitaire de pair-aidance familiale, l’importance de former les pairs aidants pour leur permettre d’accompagner sans projeter leur propre histoire, mais aussi la nécessité de mieux valoriser les compétences acquises par les aidants dans leur parcours professionnel.
Un autre enjeu traverse cette discussion : comment faire reconnaître ces compétences dans le monde du travail ? Car si de nombreux aidants développent écoute, empathie, adaptabilité ou capacité à gérer des situations complexes, encore faut-il qu’ils puissent eux-mêmes en prendre conscience… et que les entreprises sachent les reconnaître.
Les témoignages du public viennent aussi rappeler une réalité plus intime : l’aidance ne permet pas seulement d’acquérir des compétences. Elle peut aussi entraîner des ruptures professionnelles, une perte de confiance ou le sentiment d’avoir laissé une partie de soi « entre parenthèses ».
Une table ronde qui pose finalement une question majeure : comment reconnaître la valeur de l’expérience des aidants sans les enfermer dans leur rôle d’aidant ?
Replay partie 4
Quel cadre légal et financier pour structurer durablement la filière ?
Cette quatrième et dernière partie du Colloque National des Proches Aidants 2026 s’intéresse à la question la plus structurante de cette édition : comment financer durablement l’aide aux aidants et inscrire cette filière dans un cadre pérenne ?
En introduction, Béatrice Taudoux, pour Malakoff Humanis, partage la vision d’un acteur de la protection sociale qui voit déjà émerger de nouvelles garanties dédiées aux aidants. Congés, maintien de revenus, accompagnement par des professionnels, services intégrés aux contrats de prévoyance : l’aidance pourrait demain devenir une composante naturelle de la protection sociale.
La table ronde réunit ensuite plusieurs regards complémentaires.
Sandrine Chaix, vice-présidente à l’Action Sociale, au Handicap et à la lutte contre les violences faites aux femmes au sein de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, rappelle l’importance de passer des déclarations d’intention aux actes, de mieux former et sensibiliser les professionnels, et surtout de ne jamais perdre de vue l’humain dans les politiques publiques.
L’expérience de Métropole Aidante montre, quant à elle, comment un territoire peut structurer un écosystème autour des aidants : repérage, information, orientation, mise en réseau des acteurs, permanences de proximité et développement d’une offre adaptée aux besoins locaux.
La discussion s’élargit ensuite à plusieurs pistes de financement : meilleure intégration de l’aidance dans la protection sociale, création de garanties assurantielles, mobilisation de cotisations dédiées ou encore reconnaissance d’un véritable droit à compensation pour les personnes en situation d’aidance.
Avec Denis de Valmont, Guy Tisserant et Patricia Ardillier, une même conviction se dessine : les solutions existent déjà en partie, mais elles doivent être structurées, financées et rendues accessibles à beaucoup plus grande échelle. Les entreprises ont également un rôle à jouer dès aujourd’hui, notamment à travers les accords collectifs, les politiques RH et les dispositifs d’accompagnement des salariés aidants.
Les échanges avec le public viennent cependant rappeler un point important : reconnaître et accompagner les aidants ne doit jamais conduire à les assigner à ce rôle. Derrière l’aidance, il y a d’abord une relation avec un proche, une histoire familiale, un lien d’amour qui ne doit pas être remplacé par une obligation d’aider.
Il ressort également que le financement seul ne suffira pas. Encore faut-il aller vers les aidants, les aider à se reconnaître comme tels, à identifier leurs besoins et à accéder aux solutions existantes.
Pour clôturer cette 4ᵉ édition du Colloque National des Proches Aidants, Pierre Denis, président fondateur d’Aidant Attitude, le laboratoire d’innovation Sociale pour l’Aidance, apporte le mot de conclusion de cette journée riche en échanges et en réflexions.
Une conviction forte se dégage de l’ensemble des interventions : l’avenir de l’aide aux aidants passera par le collectif, le décloisonnement et la capacité des acteurs publics, privés, associatifs et professionnels à travailler ensemble pour construire des solutions durables et accessibles à tous.