Intelligence artificielle : alliée ou menace pour les aidants ?
L’intelligence artificielle s’invite progressivement dans tous les secteurs, y compris celui de l’aide aux aidants. Mais peut-elle vraiment simplifier leur quotidien sans déshumaniser l’accompagnement ?
Dans ce quatrième et dernier épisode de la saison 4 du podcast Être aidant, nous recevons Ruben Nighossian, cofondateur d’Akkum, une solution numérique qui s’appuie sur l’intelligence artificielle pour faciliter la gestion administrative, juridique et financière des personnes vulnérables.
Avec lui, nous avons parlé de charge mentale, de protection juridique, de sécurité des données, mais aussi de la transformation des métiers de l’accompagnement et de la place indispensable de l’humain.
Podcast Être Aidant, Saison 4 — Épisode 4 avec Ruben Nighossian.
« Je ne pense pas que l’IA va faire disparaître ces métiers, je pense au contraire qu’elle va les recentrer sur une plus grande valeur :
un meilleur jugement humain, un accompagnement, une meilleure relation avec les personnes vulnérables. »Ruben Nighossian, fondateur de Akkum.
Quand les démarches administratives deviennent une charge supplémentaire pour les aidants
Accompagner un proche en situation de handicap, malade ou en perte d’autonomie ne se limite pas aux soins et au soutien affectif. Il faut aussi gérer des documents, suivre des dépenses, renouveler des contrats, effectuer des demandes d’aides ou encore comprendre des dispositifs juridiques parfois complexes.
Lorsque le proche bénéficie d’une mesure de protection juridique, comme une tutelle ou une curatelle, ces démarches peuvent devenir particulièrement chronophages. Et pour de nombreux aidants, cette charge administrative s’ajoute à un quotidien déjà bien rempli.
C’est à partir de ce constat qu’est née AKKUM : proposer un environnement numérique qui centralise les informations et facilite les démarches liées à la protection et à l’accompagnement des personnes vulnérables.
L’objectif ? Faire gagner du temps aux aidants et aux professionnels pour leur permettre de se concentrer sur l’essentiel.
L’intelligence artificielle au service des démarches administratives, juridiques et financières
Concrètement, comment l’intelligence artificielle peut-elle aider les familles ? Ruben Nighossian présente plusieurs applications possibles à travers AKKUM. La solution propose notamment un tableau de bord financier permettant de visualiser les dépenses liées à l’accompagnement d’un proche et de faciliter leur suivi. L’IA peut également contribuer à identifier certaines anomalies : une dépense inhabituelle, un prélèvement inconnu ou des mouvements financiers suspects. Dans ces situations, le système peut jouer un rôle d’alerte auprès des proches aidants.
Autre exemple évoqué dans l’épisode : la préparation des comptes annuels de gestion dans le cadre de certaines mesures de protection juridique. Une fonctionnalité envisagée dans une prochaine version de la plateforme vise à faciliter la production et la transmission des documents nécessaires.
Autant de tâches qui, aujourd’hui, demandent du temps, de la rigueur et parfois de nombreuses manipulations.
L’intérêt de l’IA n’est donc pas seulement d’automatiser des démarches, mais aussi de réduire les risques d’oubli et d’alléger la charge mentale des aidants.
Une IA qui doit rester sous contrôle humain
Pourquoi utiliser une solution spécialisée plutôt qu’une intelligence artificielle généraliste comme ChatGPT, Gemini ou Claude ? Pour Ruben Nighossian, la différence repose notamment sur l’encadrement de la technologie et son adaptation à des besoins précis. AKKUM travaille au développement de son propre modèle d’intelligence artificielle, avec l’ambition de proposer une solution responsable et souveraine. Cette approche prend une importance particulière lorsqu’il s’agit de manipuler des informations administratives, juridiques ou financières concernant des personnes vulnérables.
Mais Ruben insiste surtout sur un principe : l’intelligence artificielle doit rester un assistant, jamais un décideur.
Les informations produites doivent pouvoir être relues, vérifiées et corrigées. La responsabilité des décisions appartient toujours aux personnes concernées. Une distinction importante dans un secteur où les conséquences d’une erreur peuvent être importantes.
Sécurité des données et protection des personnes vulnérables :
des enjeux majeurs
L’utilisation de l’intelligence artificielle soulève naturellement des questions de confiance. Comment protéger les données personnelles ? Comment éviter les erreurs ? Comment garantir que les informations financières et juridiques ne soient pas utilisées à mauvais escient ? Ces interrogations sont d’autant plus importantes lorsque les outils concernent des personnes âgées, en situation de handicap ou placées sous protection juridique.
Dans l’épisode, Ruben Nighossian évoque la volonté d’AKKUM de s’inscrire dans un cadre exigeant en matière de sécurité, de conformité et de souveraineté des données. Il souligne également le potentiel de l’IA pour détecter des opérations financières inhabituelles et prévenir certaines situations à risque.
Mais cette capacité de détection ne dispense pas les familles et les professionnels de rester vigilants.
L’IA peut signaler une anomalie. Elle ne remplace ni l’analyse, ni le discernement, ni la décision humaine.
La fracture numérique : ne pas laisser certains aidants de côté
Si les outils numériques peuvent simplifier de nombreuses démarches, encore faut-il pouvoir les utiliser. Tous les aidants ne disposent pas des mêmes compétences numériques, du même équipement ou de la même aisance face aux nouvelles technologies.
Cette réalité concerne également les structures associatives et médico-sociales, dont certaines fonctionnent encore avec des outils dispersés, des documents papier ou des logiciels peu adaptés à leurs besoins.
Pour Ruben Nighossian, l’adoption de l’intelligence artificielle nécessite donc un véritable travail d’accompagnement. AKKUM prévoit notamment des sessions de formation destinées aux bénévoles et aux structures partenaires pour faciliter la prise en main de sa solution. Car une innovation n’a de sens que si elle reste accessible aux personnes auxquelles elle s’adresse. La pédagogie et l’accompagnement au changement sont donc aussi importants que la performance technologique.
L’intelligence artificielle va-t-elle transformer les métiers de l’aide aux aidants ?
C’est l’une des grandes questions soulevées dans cet épisode. Si l’IA peut automatiser certaines démarches, risque-t-elle de remplacer les travailleurs sociaux, les mandataires judiciaires à la protection des majeurs ou les autres professionnels de l’accompagnement ? Ruben Nighossian défend une autre perspective.
Aujourd’hui, ces professionnels consacrent une part importante de leur temps à rechercher des justificatifs, ressaisir des informations, reconstituer des historiques financiers ou préparer des documents. Autant de tâches indispensables, mais qui réduisent le temps disponible pour accompagner les personnes.
En prenant en charge une partie de ce travail administratif, l’intelligence artificielle pourrait leur permettre de se recentrer sur ce qui constitue le cœur de leur métier : écouter, conseiller, analyser des situations complexes et construire une relation de confiance. Car accompagner une personne vulnérable ne se résume pas à traiter des informations. Cela demande de l’empathie, du discernement et une compréhension des situations humaines qu’un algorithme ne peut pas remplacer.
Innover pour mieux structurer le secteur de l’aide aux aidants
Ce dernier épisode vient conclure une saison 4 consacrée à une question centrale : comment mieux structurer et pérenniser l’aide aux aidants ? Tout au long de cette saison, nous avons exploré différentes réponses : reconnaître les besoins des aidants, développer des solutions de répit, encourager une pair-aidance formée et encadrée, et désormais réfléchir à la place des technologies. L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives, notamment pour rendre les démarches plus simples, améliorer l’accès à l’information et soutenir les professionnels dans leurs missions. Elle pourrait aussi contribuer à rendre plus lisibles des dispositifs d’aide qui restent aujourd’hui complexes et parfois différents d’un territoire à l’autre. Mais son développement ne peut se faire sans exigences en matière de sécurité, de transparence, d’accessibilité et de responsabilité. L’enjeu n’est pas de remplacer l’humain par la technologie, mais de mettre la technologie au service d’un accompagnement plus humain.
Et si le véritable progrès consistait finalement à libérer du temps pour mieux prendre soin de ceux qui en ont besoin ?
Écouter l’épisode
Ce nouvel épisode du podcast Être Aidant, saison 4, avec Ruben Nighossian, est disponible dès maintenant sur toutes les plateformes d’écoute.
Pour aller plus loin
Ce podcast est diffusé en amont du Colloque National des Proches Aidants, qui se tiendra le 24 septembre 2026 à Lyon. Un rendez-vous pour poursuivre la réflexion, échanger et agir collectivement en faveur des aidants.
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