Salarié aidant aujourd’hui, retraité demain :
pourquoi penser à l’AVA dès maintenant.
À retenir
- La retraite des aidants se construit tout au long de la carrière
- Les ajustements professionnels liés à l’aidance ont un impact réel sur les droits
- L’Assurance vieillesse des aidants permet de préserver des trimestres de retraite
- Ce dispositif reste encore largement méconnu
- Anticiper, c’est protéger son avenir sans renoncer à son engagement d’aidant
Anticiper sa retraite quand on est aidant :
un enjeu de protection sociale encore trop invisible.
Être salarié aidant, c’est souvent vivre sous tension. Entre les exigences professionnelles, l’accompagnement d’un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie, et les ajustements constants que cela impose, la projection à long terme passe au second plan. La retraite, en particulier, apparaît lointaine, presque abstraite.
Pourtant, pour des millions de salariés aidants, l’avenir se joue dès aujourd’hui. Réduction du temps de travail, congé proche aidant, carrière ralentie ou interrompue : ces choix, rarement souhaités, ont un impact direct sur les droits à la retraite. C’est pour répondre à cette réalité qu’a été créée l’Assurance vieillesse des aidants (AVA).
L’AVA s’inscrit dans une logique de prévention sociale, tout comme Assur-aidant, en accompagnant les salariés face à l’aidance.
La retraite ne se prépare pas à la fin de la carrière,
mais tout au long du parcours.
La retraite est souvent perçue comme une étape lointaine, qui se préparera « plus tard ». En réalité, elle repose sur un principe simple : l’accumulation progressive de droits. Chaque trimestre travaillé, chaque période cotisée ou validée contribue à déterminer le montant de la future pension.
Pour les salariés aidants, cette mécanique est fragilisée. Lorsqu’un proche a besoin d’un accompagnement régulier, les ajustements professionnels deviennent parfois inévitables comme l’expliquait Julie Treille Cointe dans l’un des épisodes du podcast Être aidant.
Ces décisions permettent de répondre à une urgence humaine et familiale. Mais sans dispositif de protection adapté, elles peuvent créer des ruptures de droits invisibles, dont les conséquences n’apparaissent qu’au moment du départ à la retraite.
Anticiper ces impacts n’est pas une démarche anxiogène. C’est au contraire une manière de sécuriser son avenir, sans remettre en cause son engagement d’aidant.
Les salariés aidants face à des choix professionnels contraints.
En France, près d’un actif sur cinq est aujourd’hui aidant. Parmi eux, une majorité exerce une activité salariée. Leur réalité est marquée par des arbitrages constants :
- réduire son temps de travail pour accompagner un parent vieillissant ;
- s’organiser autour d’un enfant en situation de handicap ;
- renoncer à une mobilité professionnelle incompatible avec l’aidance ;
- poser un congé proche aidant, parfois non indemnisé.
Ces choix ne relèvent ni du confort ni de l’opportunisme. Ils sont souvent subis, dictés par l’absence de solutions alternatives ou par l’urgence de la situation.
Pourtant, sur le plan administratif et social, l’aidance reste encore insuffisamment visible. Beaucoup de salariés ignorent que ces périodes peuvent, sous conditions, être prises en compte pour la retraite. D’autres découvrent trop tard qu’aucune démarche n’a été effectuée, entraînant une perte de trimestres difficilement récupérable.
C’est précisément ce non-recours que l’AVA cherche à limiter.
L’Assurance vieillesse des aidants :
reconnaître l’engagement, protéger l’avenir.
Mise en place dans le cadre de la réforme des retraites et entrée en vigueur le 1er septembre 2023, l’Assurance vieillesse des aidants marque une évolution importante de la protection sociale.
Son principe ? Eviter que l’aidance ne se traduise par des “années blanches” pour la retraite.
Concrètement, l’AVA permet à un aidant de valider des trimestres de retraite lorsque son activité professionnelle est réduite ou interrompue pour s’occuper d’un proche. Les cotisations vieillesse sont alors versées par la CAF ou la MSA à la caisse de retraite de l’aidant, sur la base d’un revenu au moins équivalent au SMIC.
Cette affiliation permet de sécuriser la continuité des droits, sans coût direct pour l’aidant.
Une avancée majeure encore trop peu connue.
Si l’AVA constitue une avancée importante, elle reste largement sous-utilisée. Les raisons sont multiples :
- une information encore insuffisamment diffusée ;
- une confusion fréquente avec l’ancienne Assurance vieillesse du parent au foyer (AVPF) ;
- la complexité perçue des démarches ;
- le poids du quotidien, qui relègue l’administratif au second plan.
Dans de nombreux cas, l’affiliation à l’AVA n’est pas automatique. Une déclaration non effectuée auprès de la CAF, de la MSA ou de la MDPH peut suffire à empêcher la validation des trimestres. Résultat : des droits perdus sans que l’aidant en ait conscience.
C’est ici que la logique de prévention prend toute sa dimension.
Quelles démarches pour être affilié à
l’Assurance vieillesse des aidants (AVA) ?
C’est l’un des points les plus mal compris du dispositif : les démarches pour bénéficier de l’AVA varient selon la situation d’aidance. Savoir à qui s’adresser permet d’éviter de passer à côté de ce droit.
Via la MDPH : la majorité des situations liées au handicap
Si vous accompagnez un enfant ou un adulte en situation de handicap, l’affiliation à l’AVA passe le plus souvent par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).
Lors du dépôt ou du renouvellement du dossier MDPH, il est vivement conseillé de cocher la demande d’affiliation à l’Assurance vieillesse des aidants sur le formulaire Cerfa n°14104*01. Cette démarche permet de signaler officiellement votre rôle d’aidant et de déclencher l’étude de vos droits à la retraite.
À noter : depuis septembre 2023, le dispositif a évolué.
Il n’est plus nécessaire :
– d’avoir un lien de parenté avec la personne aidée ;
– de vivre sous le même toit.
Les critères liés aux ressources et aux revenus sont également en cours d’adaptation afin de mieux prendre en compte les situations de réduction d’activité. Ces évolutions élargissent l’accès à l’AVA, à condition que la demande soit bien formulée.
Via la Caf ou la MSA : des situations où l’affiliation est automatique
Dans certains cas précis, aucune démarche n’est à effectuer par l’aidant.
L’affiliation à l’AVA est automatique si vous bénéficiez :
– d’un congé proche aidant indemnisé par l’Allocation journalière du proche aidant (AJPA) ;
– ou de l’Allocation journalière de présence parentale (AJPP).
Dans ces situations, la Caf ou la MSA se charge directement de l’affiliation et du versement des cotisations vieillesse. Les trimestres correspondants sont alors pris en compte pour la retraite.
Attention toutefois, cette automaticité ne concerne que les périodes couvertes par ces allocations. En dehors de ces cadres précis, une démarche reste nécessaire.
Anticiper plutôt que réparer : une logique de prévention sociale
L’AVA ne doit pas être perçue comme un dispositif de rattrapage, mais comme un outil d’anticipation. Elle ne compense pas intégralement les effets d’une carrière ralentie, mais elle limite les impacts les plus pénalisants.
Penser à sa retraite lorsqu’on est aidant n’est ni prématuré ni égoïste. C’est reconnaître que l’engagement auprès d’un proche mérite d’être soutenu, y compris sur le long terme.
Cette approche préventive est au cœur des enjeux actuels de protection sociale :
prévenir plutôt que réparer, informer plutôt que constater, accompagner plutôt que laisser découvrir trop tard.
Le rôle déterminant des entreprises face à l’aidance salariale
Les entreprises ont un rôle à jouer dans cette dynamique. Longtemps considérée comme une problématique privée, l’aidance est aujourd’hui un enjeu social et organisationnel majeur. Ouvrir le dialogue avec les salariés est indispensable pour proposer un accompagnement adapté, comme le souligne Stéphanie Libre, DRH.
Un salarié aidant mal accompagné est plus exposé à l’épuisement, à l’absentéisme, au désengagement professionnel, voire à la sortie durable de l’emploi.
À l’inverse, une entreprise qui reconnaît et anticipe les situations d’aidance contribue à sécuriser les parcours professionnels, préserver la santé des salariés et agir concrètement en matière de prévention des risques sociaux.
Assur-aidant : créer du lien entre protection sociale, entreprise et aidants
Dans cet écosystème complexe, Assur-aidant s’inscrit comme un acteur de lien et de pédagogie. Il s’agit d’éclairer, d’outiller et d’accompagner, sans simplification excessive ni discours commercial.
Pour les salariés aidants, cela signifie mieux comprendre leurs droits et se sentir légitimes à se projeter dans l’avenir.
Pour les entreprises, c’est une opportunité d’intégrer l’aidance dans leur politique de prévention et de contribuer à une société plus inclusive et solidaire.
Ne pas attendre d’être en difficulté pour agir
L’AVA n’échappe pas à la règle : Les droits sociaux ne sont pas toujours automatiques. Ils nécessitent parfois d’être connus, demandés, vérifiés.
Prendre le temps de :
- s’informer sur l’Assurance vieillesse des aidants,
- vérifier son affiliation,
- consulter régulièrement son relevé de carrière,
ce sont des démarches simples en apparence, mais déterminantes pour l’avenir.
Agir tôt permet de préserver des droits, d’éviter des ruptures invisibles et de sécuriser son parcours.
Protégeons les aidants
L’ engagement des aidants permet à des milliers de personnes de vivre dignement malgré la maladie, le handicap ou la perte d’autonomie.
Il est légitime que cet engagement ne se fasse pas au détriment de leur avenir.
L’Assurance vieillesse des aidants est un outil parmi d’autres pour y parvenir, à condition d’être connue et activée à temps.
Que vous soyez salarié aidant, responsable RH ou dirigeant d’entreprise, prendre le temps de s’informer sur l’AVA est un premier pas. Comprendre ces dispositifs, c’est contribuer à une prévention sociale plus juste, plus humaine et plus durable.